vendredi 20 septembre 2013

Ce n’eût été que paroles de députée et de président…


Un seuil, à partir duquel une autorisation de l’État est nécessaire pour concentrer davantage de porcs hors-sol, passerait de 450 à 2.000 places de porcs. Cette perspective, présentée notamment par France Nature Environnement ou le journaliste Éric Conan, va à l’encontre de propos autrefois tenus par des personnalités.

C’est ainsi que
Marylise Lebranchu (actuellement ministre de la réforme de l’État, de la décentralisation et de la fonction publique), estimait, lorsqu’elle était députée du Finistère, que le relèvement du “seuil d’autorisation des élevages porcins de 450 à 2.000 places […] serait un recul considérable en matière d’environnement”.

Et
Jean-Yves Le Drian (qui est aujourd’hui ministre de la défense), considérait, alors qu’il présidait le conseil régional de Bretagne, que viser à “dispenser de demande d’autorisation préalable les plus grosses exploitations porcines”, est “démagogique et dangereux”: “l’histoire nous a démontré que le volume ne fait pas le revenu, que la concentration ne résout rien.”

Voilà des paroles. Mais avec l’acte du gouvernement, où sera la cohérence?

S’il l’est encore nécessaire, malheureusement, l’association Eau & rivières de Bretagne rappelle que “la concentration des élevages porcins détruit l’emploi”, alors que “la production de viande porcine continue de progresser en Bretagne”.


samedi 20 juillet 2013

Étiquetage de la viande: une information à côté de l’essentiel

Bonne nouvelle dans Le Monde: “mentionner systématiquement le mode d’élevage”, c’est ce que propose, entre autres, la sénatrice Sylvie Goy-Chavent “dans les conclusions qu’elle devait présenter, mercredi 17 juillet, au nom de la mission d’information dont elle était rapporteure”. Bref, “le Sénat incite l’Europe à mieux étiqueter la viande”.

Sauf que, dans le rapport d’information de Sylvie Goy-Chavent, on ne trouve nulle part, parmi ses 40 propositions, celle de “mentionner systématiquement le mode d’élevage”. Pas plus que dans la synthèse “destinée à faciliter la lecture et l’utilisation du rapport”.

Alors que la synthèse plaide pour “l’allègement des normes”, notamment par la mise en place d’une “procédure allégée d’enregistrement des élevages porcins jusqu’au seuil de 2.000 porcs” (proposition n° 17), les “nuisances de voisinage” sont évoquées au conditionnel: “l’élevage […] présenterait des nuisances de voisinage” (p. 5). L’ÉLEVAGE, c’est un sujet vague et noble. Cela évite de dire où, d’y aller sentir, et d’employer l’affirmatif si l’on est parvenu face à une activité d’engraissement intensif sur caillebotis, dont l’air des bâtiments n’est pas lavé avant son extraction, les fosses à lisier ne sont pas couvertes, et le lisier n’est pas épandu au plus près du sol. On nous vante les “services environnementaux considérables rendus par LES éleveurs”. DES éleveurs serait juste. Ou alors faut-il croire que l’engraissement sur caillebotis est de “l’entretien des paysages ruraux”… Pour mémoire, “90% des élevages” porcins, selon Sylvie Goy-Chavent, sont sur caillebotis, tandis qu’il est question du “bien-être” des porcs grâce à la SUPPRESSION DES CAILLEBOTIS dans un récent rapport de Marion Guillou à Stéphane Le Foll.

La dixième proposition rapportée par Sylvie Goy-Chavent, est d’“instaurer un étiquetage obligatoire de l’origine nationale pour les viandes brutes et transformées”. Mais qu’importe ce chauvinisme à l’époque où de mêmes gens plaident pour une politique européenne? il ne révélera pas les conditions d’engraissement! Ni l’indication obligatoire de “l’origine nationale de la viande servie sur les cartes des restaurants et en restauration collective scolaire” (proposition n° 26). Ni “le double étiquetage des prix” (proposition n° 28). Ni “le développement des signes de qualité et marques collectives à forte notoriété” (proposition n° 34). Ni l’aménagement de “l’étiquetage environnemental pour prendre en compte les bénéfices de l’élevage” (proposition n° 36). Car ce ne serait toujours pas “mentionner SYSTÉMATIQUEMENT le mode d'élevage”. Pourtant, serait-ce simpliste d’étiqueter “porc de caillebotis”, après qu’un porc a passé sa vie sur du caillebotis? Nenni, ce serait une simple vérité, plus vraie que toute autre indication d’origine.

Donc, telle est la question: comment des élus incitent-ils réellement l’Europe à un étiquetage obligatoire indiquant les conditions d’engraissement, quand le Sénat ne semble pas vraiment le lui proposer?




À lire à ce propos:


mardi 2 juillet 2013

Une matière noirâtre inhabituelle dans le ruisseau de la Viguerie

Près la source, dans le lit du ruisseau qui était à l’étiage, sans discontinuer sur des mètres, un dépôt de matière noirâtre qui n’avait de forte odeur fut découvert le jeudi 9 mai, en milieu de journée.

Cela suscita inquiétudes, interrogations, et des hypothèses, dont la plus vraisemblable me semble être que le cours souterrain, lessivé, aurait débité des algues qui se seraient déposées dans le lit du ruisseau en décrue, où, demeurées hors de l’eau à la lumière et à des températures différentes de celles du souterrain où elles auraient vécu, elles auraient noirci en se décomposant. L’eau était claire comme à l’accoutumée.

En définitive, l’attention prêtée au ruisseau les 9, 10 et 30 mai, a permis de constater l’état de l’eau, ainsi que de la faune et de la végétation aquatiques. Des taux d’éléments nutritifs, tels que le phosphore et l’azote, n’ont été jugés excessifs, et les présences de trichoptères, d’éphémères, de gammares, entre du cresson de fontaine foisonnant depuis la retenue du lavoir, ont été notées pour nous en souvenir.



mardi 4 juin 2013

Pour un étiquetage de la viande et du lait qui indique les conditions d’engraissement des animaux


À la fin du vingtième et au début du vingt-et-unième siècle, sans tambour ni tremblement de terre, la “montagne” a considérablement poussé en Aveyron. [1] Tant et si bien que rebaptiser l’Aveyron Monteyron serait un aboutissement. Une “montagne” qui, lorsqu’elle serait, de manière tout à fait inconsidérée, prise en compte par un météorologue, l’amènerait à alerter de l’étonnante diminution des périodes d’enneigement, puis de l’augmentation phénoménale, aux alpages, des températures estivales…

Qu’est-ce que le mot montagne évoque au consommateur non averti? Et quel est l’esprit de la loi, sinon qu’une altitude minimale de 700 mètres, et des conditions climatiques difficiles qui raccourcissent la période de végétation; ou que plus des trois quarts du territoire classé, si pentus que la mécanisation y est impossible ou très onéreuse; ou que tout à la fois: l’altitude élevée, le climat difficile et la forte pente légitiment une aide financière beaucoup plus importante. [2]

Or comment fut-il envisagé “de capter davantage de valeur ajoutée sur la filière porcine”, en se démarquant et en s’identifiant “au territoire, grâce au “porc montagne notamment? [3] C’est-à-dire sur un banal caillebotis, au lieu du sol caussenard qui est, près la Sanguinette de Causse-et-Diège, à 375 mètres d’altitude environ, [4] sans même une pente ou un climat montagnards?

Comment Jacques Molières, président de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron, affirme-t-il que le “label porc montagne est “encore plus restrictif” qu’une production “bio”? [5] Un label tellement exigeant qu’il se passerait de montagne sur le Causse!?

On ne peut ne pas voir dans tous ces discours, pimentés de beaux mots tels qu’agro-écologie, une incroyable confusion — qui sert qui? certainement pas les mieux-faisants qualitativement.

À tel point qu’il devient indispensable, au consommateur et contribuable, de savoir les véritables conditions d’engraissement. Si les viandes sont, notamment (et pour nous en tenir au cas du porc), d’animaux qui furent engraissés:
  • en plein air, avec une alimentation “bio”,
  • en bâtiment ouvert, sur litière, avec une alimentation “bio”,
  • en plein air, avec une alimentation non “bio” dont l’ensemble est lisiblement exposé, de même que lorsqu’ils sont:
  • enfermés sur litière,
  • enfermés sur litière et caillebotis,
  • enfermés sur caillebotis.

Peut-être sommes-nous loin de connaître toutes les conditions d’engraissement, mais toujours est-il qu’un étiquetage qui les reflète, à la fois sur le produit vendu au détail, et sur le produit composé par l’industrie agro-alimentaire, serait d’intérêt général.

Car n’est-il illusoire QUE LE CONSOMMATEUR CONTRIBUE À L’AJOUT DE VALEUR au sein des filières de la viande et du lait, au “bien-être” animal et à la préservation de l’environnement, si, lorsqu’il achète, il n’est informé de la façon dont l’animal était engraissé?

En ce sens, l’étiquetage révélant le mode d’élevage, concernant les œufs de poules, n’a pas été vain: il a été observé que la consommation d’œufs, dits “alternatifs”, a connu “une très forte croissance, notamment les œufs issus de l’agriculture biologique”. [6] Ainsi, de meilleures pratiques d’élevage ont été préférées et favorisées. Pourquoi n’en serait-il de même en ce qui concerne les productions de viande et de lait?

Puisque “d’où” vient le produit a perdu son sens, il est plus que jamais nécessaire de connaître le “comment” du produit. Là sont les plus importantes différences pour l’éleveur, l’animal, la santé, le goût, et l’environnement.


[1] Cartographie du département de l’Aveyron, sur le site web de l’association nationale des élus de la montagne (ANEM).
[2] La “zone de montagne” selon la loi, sur le site web de l’observatoire des territoires montagne, de la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR).
[3] Préfecture de l’Aveyron, communiqué de presse quant au conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), du 1 mars 2013, p. 3.
[5] Le Villefranchois en date du jeudi 30 mai 2013, L’Hebdo des Cantons, dans l’article “GAEC du Cassan à Cassanus: Nutergia s’estime trompé”.
[6] Direction générale de l’institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), La consommation des ménages en 2009 - Analyse du compte définitif, novembre 2012, p. 9.



À lire à ce propos:


jeudi 11 avril 2013

La lettre d'information des familles associées - 1


Les Caussenards vont à la montagne lorsqu’ils descendent à Capdenac-Gare

Vous l’ignoriez peut-être, mais Capdenac-Gare, Villefranche-de-Rouergue, &c., sont des communes classées “montagne”. Sur le site web de l’association nationale des élus de montagne (ANEM), Naussac figure bizarrement à 961 mètres d’altitude…

Les porcs, enfermés dans les salles d’engraissement intensif de la Sanguinette, eux, ne sont pas des montagnards. Du moins pas encore. Car
Mayran, la commune à laquelle est rattaché le hameau du Cassan, où naissent les porcelets, est certes classée “montagne”, mais d’ici à ce que l’administration considère qu’on est un porc de montagne administrative, après qu’on est né sur une montagne administrative, puis descendu en camion à la Sanguinette et renfermé, il resterait à sauter le pas…


Une problématique pour la CLIS

La préfecture a annoncé, le 1er mars, la mise en place d’une commission locale d’information et de surveillance (CLIS), concernant les activités d’engraissement intensif de porcs sur caillebotis total à la Sanguinette, et d’épandage du lisier à l’entour. Cette CLIS aura, nous semble-t-il, deux problèmes urgents à résoudre: 1) le risque de pollution de l’eau par une infiltration et un transfert rapides du lisier, et 2) la puanteur que ressentent la plupart des riverains.

Le risque de pollution de l’eau

Lors de l’enquête publique, des anciens ont témoigné que des cours superficiels furent fortement pollués par de mauvaises pratiques de stockage et d’épandage, sur le Causse, du lisier produit à la Sanguinette: via des cours souterrains méconnus, la source de Sautilles, qui est aux Cabanes près Gelles; et la source de la Viguerie.

Il serait donc utile de connaître et d’écrire, afin de nous en souvenir, l’état actuel de l’eau, et (l’analyse de l’eau n’étant qu’une mesure ponctuelle, ainsi aléatoire), l’état de la faune et de la flore aux sources susceptibles d’être polluées (afin de révéler une tendance). D’établir ensuite une méthode de contrôle. La CLIS en aura-t-elle la compétence et le moyen financier?


La puanteur

Le logement des porcs sur litière (outre qu’il procurerait une amélioration sensible du “bien-être” des animaux), ainsi que le lavage de l’air avant qu’il soit extrait des bâtiments, soit deux techniques inutilisées à la Sanguinette, permettraient de réduire notablement les émissions d’ammoniac, les odeurs et les poussières venant des bâtiments d’engraissement. [1]

Par ailleurs, le préfet a considéré
“que l’exploitant doit mettre en œuvre […] les Meilleures Techniques Disponibles pour […] le stockage des effluents”. [2] Ces meilleures techniques (MTD) sont référencées et consistent notamment en une couverture du stock d’effluents. [3] Le Guide des bonnes pratiques environnementales d’élevage expose des possibilités. [4] Mais le GAEC du Cassan ne couvre pas plus qu’il n’a projeté de couvrir son stock de lisier (dans les grandes fosses 1 et 2, de 1.520.000 litres pour l’actuelle, et de 400.000 ou 350.000 litres pour celle projetée).

Passé le temps du stockage, la MTD au moment de l’épandage consiste au moins à utiliser, en herbage ou en culture, une tonne à lisier qui soit munie d’une rampe avec des tubes flexibles traînés, dits
pendillards. Or, l’utilisation de ce système est demeurée une éventualité, sans qu’il fût donné à comprendre pourquoi, au moins, l’utilisation du pendillard ne pourrait devenir un engagement, par respect des riverains. Une moindre volatilisation, une moindre puanteur, un meilleur dosage et une meilleure répartition: le pendillard aurait pourtant beaucoup d’avantages. [5]


Une filière porcine qui n’est pas moins aidée par les contribuables

Différentes subventions sont possibles, grâce au plan de modernisation des bâtiments d’élevage, au plan de performance énergétique des exploitations agricoles, à FranceAgriMer en ce qui concerne les investissements pour l’amélioration des pratiques d’élevage… Il apparaît que le taux d’aide est nettement plus important en zone de “montagne”.

Concernant l’échéance, au 1er janvier 2013, du
“changement du mode de détention des truies gestantes”, un “dispositif d’accompagnement financier a été mis en place par l’État à partir de 2008, avec une enveloppe de 60 M€. L’aide est de 20 % des investissements éligibles avec des plafonds majorés en zone de montagne et pour les jeunes agriculteurs. Revalorisée en 2010, cette aide a vu ses plafonds relevés de 100 € à 200 € par place de truie gestante et de 15.000 € à 50.000 € par élevage”. [6]

En outre, Porc Montagne, au sein de l’Alliance Porci d’Oc à laquelle coopère le GAEC du Cassan, a bénéficié
“d’une aide de 100.000 € du Conseil général pour l’agrandissement de son atelier de découpe”. [7]

Nous ne prétendons pas que cette liste soit exhaustive.



[1] Institut de l’élevage, IFIP, ITAVI, Guide des bonnes pratiques environnementales d’élevage - Porcs - Bovins - Volailles, p. 145 et suivantes.
[2] Arrêté n° 2013-073-0007 du 14 mars 2013, p. 3, avant-dernière considération.
[3] Commission européenne et ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, traduction française du Document de référence sur les meilleures techniques disponibles - Élevage intensif de volailles et de porcins, juillet 2003, p. 21 de la pagination du format PDF.
[4] Institut de l’élevage, IFIP, ITAVI, Guide des bonnes pratiques environnementales d’élevage - Porcs - Bovins - Volailles, stockage des effluents liquides, p. 237 et suivantes; couverture, p. 241 et suivantes.
[5] Commission européenne et ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, traduction française du Document de référence sur les meilleures techniques disponibles - Élevage intensif de volailles et de porcins, juillet 2003, p. 25 de la pagination du format PDF, tableau 3: MTD en ce qui concerne le matériel d’épandage au sol pour le lisier de porc. Et la fiche Choisir son matériel d’épandage d’engrais organiques, diffusée par la Chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais.
[6] Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, Jean-Baptiste Danel, Pierre Fouillade, Muriel Guillet, Jean-Marie Travers, rapport Quel avenir pour la filière porcine française?, janvier 2012, p. 15, § 1.
[7] L’Aveyron - Magazine du Conseil général, n° 142, octobre 2009, “Porc Montagne investit dans la découpe”, p. 9.