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lundi 10 juillet 2017

Fermes-usines: des vétérinaires dénoncent la maltraitance systématique


«Les maltraitances perdurent dans l’élevage intensif, grâce à des vétérinaires silencieux Alors que l’élevage intensif est fréquemment sujet à débat, «la profession vétérinaire reste en marge, s’exprimant rarement et, le cas échéant, afin de maintenir le statu quo et préserver des profits».

Cependant, «un groupe grandissant de médecins critiques ose parler.» Plus de soixante vétérinaires «bienveillants», majoritairement néerlandais, ont signé une tribune publiée en juin 2017, dénonçant les abus généralisés dont ils sont témoins dans leur travail quotidien. Les présentes citations sont la traduction de leur avis (ici en néerlandais, et traduit ici en anglais par l’une des cosignataires de la tribune, la docteure Elena Nalon).

«L’animal est adapté à l’exploitation plutôt que l’inverse. Les animaux sont trop serrés, manquant d’un milieu intéressant, de distraction, aussi subissent-ils des mutilations douloureuses soi-disant “pour leur propre sécurité”. Certains de ces abus», comme la section partielle de la queue des porcs sur une base de routine, «bien qu’interdits par la loi, sont jugés nécessaires du fait des conditions de production.» La profession vétérinaire «facilite ou acquiesce» à cela, «parfois avec sa signature, mais plus souvent par son silence».

Pourtant, «en tant que professionnels, notre responsabilité est de défendre l’animal.» C’est pourquoi «NOUS NE DEVONS PLUS NOUS TAIRE, mais nous opposer aux procédés actuels impliquant des millions d’animaux casés, transportés et abattus dans des conditions inhumaines.

Le modèle néerlandais d’élevage intensif est fréquemment désigné tel un exemple pour le reste du monde. Toutefois, que les conditions d’élevage soient pires ailleurs n’est pas une raison de satisfaction. Des normes minimales pour la protection des animaux ne sont pas respectées dans nos élevages. En tant que “guides” et parce qu’ils sont l’un des plus grands producteurs, dans le monde, de viande et de produits laitiers, les Pays-Bas devraient s’efforcer d’être véritablement exemplaires en termes de bien-être animal et de durabilité.

C’est pourquoi NOUS APPELONS À UN CHANGEMENT FONDAMENTAL de notre modèle de production. Pour qu’il n’y ait plus de truies en cage de mise-bas, de cochons dont la queue est systématiquement raccourcie, sur du caillebotis, dans des fermes-usines. Qu’il n’y ait plus de vaches ne pouvant jamais élever leur propre veau ou paître l’herbe dans la prairie. Qu’il n’y ait plus de volailles arrivant à l’abattoir les ailes brisées. Qu’il n’y ait plus de transports sur de longues distances d’animaux vivants […]. Qu’il n’y ait plus de poignées de main au détriment du bien-être des animaux. Mais que les vétérinaires s’inquiètent avant tout des animaux. Car qui d’autre peut le faire, sinon nous, les vétérinaires?»

lundi 12 septembre 2016

VÉRIFIEZ, ou quand la pub vous dit de la venir voir

Imaginez que vous vous mettiez à considérer que, jusqu’alors, vous ne saviez trop ce que vous feriez. C’était tellement, mais tellement difficile de choisir… Puis, hop! il est arrivé. Il ne vous a point dit de l’aimer, non non. Sur son front était écrit: «J’❤︎», tout simplement. Ce j’aime, vous l’avez lu, et ce faisant vous vous êtes dit: «J’aime!» tilt! tout s’est éclairé! Vous l’avez choisi, enfin! vous avez commencé à vivre, pleinement! Puis «Blabla… tu sais quoi?» vous empressâtes-vous de narrer aux amis, «j’aime, J’AIME!» Et ceux-ci, un tant soit peu superficiels, répondirent unanimement: «On est vraiment très, très heureux pour toi! Nos plus sincères félicitations!» C’est-à-dire que vous aurez craqué pour un emballage, et aurez commencé à vivre avec l’emballé. Seulement, qu’était-ce que l’emballé?

«Venez vérifier», propose Fleury Michon, «la filière charcuterie J’aime, de l’élevage des porcs jusqu’à l’élaboration du jambon». [1] Ne vous méprenez pas, toutefois. Car est-ce que, dans le langage de Fleury Michon, «venez vérifier» signifie: venez regarder ce qu’il y a derrière notre écran publicitaire?

Vérifier (au sens de «s’assurer si une chose est telle qu’elle doit être» [2]), c’est ce que j’ai essayé… Voyons ensemble. Sur les images, ci-dessous, les porcs dont la queue est visible l’ont raccourcie. Étrangement. Puisqu’une NORME MINIMALE pour la protection des porcs — ce n’est pas la publicité de Fleury Michon qui nous l’apprend, mais la loi — impose clairement que «la section partielle de la queue et la réduction des coins ne peuvent être réalisées sur une base de routine, mais uniquement lorsqu’il existe des preuves que des blessures causées aux mamelles des truies ou aux oreilles ou aux queues d’autres porcs ont eu lieu. Avant d’exécuter ces procédures, d’autres mesures doivent être prises afin de prévenir la caudophagie et d’autres vices, en tenant compte du milieu de vie et des taux de charge. Pour cette raison, les conditions d’ambiance ou les systèmes de conduite des élevages doivent être modifiés s’ils ne sont pas appropriés». [3]


Pour vérifier la raison de cet étrange raccourcissement des queues, et aussi parce que Fleury Michon proposait également d’échanger, je lui demandai donc, via Facebook et Twitter, le 25 juin 2016, ce que faisait Fleury Michon pour le respect des NORMES MINIMALES pour la protection des porcs, interdisant la section partielle de la queue sur une base de routine, photos de l’étrangeté à l’appui, issues de son propre site web publicitaire, sur lequel Fleury Michon nous demandait de vérifier.

La réponse la plus précise que j’aie obtenue, le 30 juin, quant à la caudectomie, est celle-ci: «Suppression des pratiques ne contribuant pas au bien-être», à savoir, entre parenthèses, la caudectomie et l’émoussage des dents. Mais un tweet précédent, ce 30 juin, donnait à comprendre que ces pratiques n’étaient pas révolues; qu’elles le seraient d’ici à 4 ans. [4] Toujours étrange, n’est-ce pas? Puisque les NORMES MINIMALES sont censées être respectées, non d’ici à 4 ans, mais depuis longtemps. [3] Alors, je demandai à Fleury Michon, le 13 juillet via Facebook (image ci-contre) et Twitter, combien d’exploitations porcines de sa filière «J’aime», sur combien au total, respectaient l’interdiction de la section partielle de la queue sur une base de routine; question qui demeure, en ce jour de septembre où je rédige cet article, sans la moindre réponse. Et pour cause?

«Notre cahier des charges est confidentiel»
 Fleury Michon, le 30 juin 2016.

À la demande, le 7 juin via Twitter, du cahier des charges de sa filière «J’aime», Fleury Michon avait répondu au Collectif PLEIN AIR, le 30 juin, que ce cahier des charges était «confidentiel». Ah bon!?

Ainsi, Fleury Michon incite le public à venir vérifier sa filière «J’aime», mais refuse de communiquer son cahier des charges: tout un chacun est donc cantonné devant l’écran publicitaire interposé entre lui et la réalité de «l’élevage des porcs» et, dès lors, ne peut strictement rien vérifier. Il peut certes croire, ou non, en la véracité de l’écran de Fleury Michon.

Néanmoins Fleury Michon avait affirmé, le 30 juin via Twitter, rester «à dispo pour échanger»; puis de nouveau le 13 juillet via Facebook.

J’insistai donc pour vérifier réellement ce qu’est «l’élevage des porcs» au sein de la filière «J’aime». Je posai les trois questions suivantes, fort simples, et d’autant plus simplissimes à comprendre que le «bien-être animal» était réputé être «au cœur» des actions de Fleury Michon. Évidemment, lorsqu’on est attaché à un réel «bien-être», l’on sait à quel point lui est contraire l’irrespect des NORMES MINIMALES pour la protection des porcs.
  1. Combien de truies sur combien au total, la filière «J’aime» de Fleury Michon ne détient jamais de leur vie en cage?
  2. Combien de porcs sur combien au total à l’engrais, cette même filière a-t-elle sur paille?
  3. Combien de porcs sur combien au total à l’engrais, cette filière a-t-elle sur caillebotis intégral?
Figurez-vous que, pour commencer à vérifier, j’attends toujours la réponse… Quel dommage! J’eusse volontiers accepté de vérifier que «le bien-être animal» était «au cœur» des «actions» de Fleury Michon! [5] J’eusse tant aimé — la possibilité du bien-être impliquant, ce qui serait le minimum au sens du bien-être, cet «état du corps ou de l’esprit dans lequel on sent qu’on est bien» [6] — que les truies ne fussent sélectionnées pour produire toujours plus et bloquées, périodiquement, chacune dans une cage, et qu’on ne leur demandât à toutes, exploitées telles une bande de machines synchronisées, de produire, «déclenchées» pour mettre bas, à peu près en même temps; que les porcelets ne fussent sevrés si tôt, dès trois ou quatre semaines (ce qui, du reste, eût permis de réduire notablement l’usage d’antibiotiques, dont certains considérés comme «critiques»); que la plupart des porcs ne fussent casés petitement, sur un caillebotis inconfortable, au-dessus de leurs excréments; et cætera. J’eusse tellement apprécié l’absence de conditions propices au mal-être! À moins que ce ne fût possible au sein de «la filière charcuterie J’aime» de Fleury Michon? Que le prétendu “bien-être”, sur l’écran publicitaire, fût du welfarewashing ou, pour le dire en français, du BIEN-ÊTRE-DE-FAÇADE?


Références


[2] Le Nouveau Littré.

[3] Annexe I, chapitre I, point 8, interdisant la section routinière de la queue des porcs, de la directive 2008/120/CE du Conseil du 18 décembre 2008, établissant les normes minimales relatives à la protection des porcs (version codifiée). Cette interdiction, ainsi que l’obligation que les porcs aient «un accès permanent à une quantité suffisante de matériaux permettant des activités de recherche et de manipulation suffisantes», étaient déjà faites par la directive 2001/93/CE de la Commission du 9 novembre 2001, dont la date limite de transposition en droit national était le 1er janvier 2003.

[4] Ce que confirmait la réponse de Fleury Michon, via Facebook, le 13 juillet, Fleury Michon affirmant la «suppression de la caudectomie et de l’émoussage des dents» comme l’un de ses «engagements pour 2020».


[6] Le Nouveau Littré.

mardi 2 août 2016

D’un DÉVELOPPEMENT porcin EXEMPLAIRE

L’ABATTOIR d’une zone industrielle, vers la fin du mois d’avril 2016. Dans le couloir d’amenée au piège, «les porcs sont stressés et se chevauchent dans la partie où ils progressent seuls les uns derrière les autres». Le restrainer (l’appareil de contention) «est défaillant». Aucune des pinces à électronarcose «n’est aux normes». Les «signes d’inconscience et de mort sont mal connus et non testés par les agents en poste, qui utilisent la pince de secours à mauvais escient et avec un mauvais positionnement sur la tête». Dès l’instant qu’un étourdissement supplémentaire de l’animal paraît nécessaire, la «plupart du temps l’utilisation de la pince de secours re-stimule électriquement l’animal sans l’étourdir». Un mois auparavant, «une mauvaise anesthésie pour 1 porc sur 4» était constatée. [1] N’est-ce étrange?

Car, saviez-vous? la société PORC MONTAGNE, une filiale de la coopérative APO (Alliance Porci d’Oc), avec «un chiffre d’affaires de 120 M€ en 2014», est censée, selon l’information du Conseil départemental de l’Aveyron, avoir «choisi la bonne voie», être une «réussite aveyronnaise», et poursuivre «un développement exemplaire». Bien évidemment, une «formule» spéciale n’est point étrangère à la «progression constante» de l’activité de PORC MONTAGNE, «de 2% à 4% par an», et cette «formule» est la suivante: «adaptabilité, valorisation et humilité»[2]

Résultat? en 2016, l’abattoir de la société PORC MONTAGNE, sur la zone industrielle d’Arsac (dans la commune de Sainte-Radegonde, en Aveyron), abat 6.000 à 6.500 porcs (d’apporteurs bretons, auvergnats, et du Cher), par semaine. Soit quelque vingt-cinq mille tonnes par an. [3]

Or, à en croire une publicité, cet «abattoir spécialisé» avait une «capacité d’abattage» de seulement «5.500 porcs par semaine». [4] Tandis que la porcherie de l’abattoir, apprenait-on récemment d’autre part, «a été conçue initialement pour un abattage journalier de 500 porcs». [5] Je vous laisse calculer combien de porcs doivent être abattus chaque jour, afin d’arriver à un total de 5.500 à 6.500 par semaine: certainement plus de 500, n’est-ce pas?

Là intervient probablement le premier élément de la formule d’une réussite: adaptabilité. La place manque-t-elle pour recevoir les porcs arrivant, trop nombreux, à l’abattoir? Tels 1.300 porcs, d’un gabarit plus grand que celui des 500 pour lesquels la porcherie avait été conçue? Qu’à cela ne tienne, on adapte! c’est-à-dire: serrons! Et comme on serre, on serre… logiquement, «les porcs sont trop serrés, dans l’impossibilité de se déplacer dans la loge». Ce n’est pas le Conseil départemental qui nous l’expose, mais le rapport d’une inspection, effectuée le 27 avril 2016, par la DDPP (direction départementale de la protection des populations) de l’Hérault. Ce jour-là, «un porc était mort dans une loge où les porcs étaient les uns sur les autres». Évidemment, est-ce commode d’aller boire, pour des porcs trop serrés dans une case; est-ce d’autant plus facile quand il n’y a, dans cette case, qu’un seul distributeur d’eau, ou bien deux auges aux angles aigus, occasionnant hématomes et griffures? Non, constate la DDPP de l’Hérault. [6]

«abattage de 6.000 à 6.500 porcs par semaine, dont seulement […] 3-4 pleins air» (sic). 
DDPP de l’Hérault, mai 2016.

Cependant, pour ce qui est de valoriser, si l’on entend par valorisation — le second élément de la formule d’une réussite —, étiqueter «Porc de Montagne», par exemple, une viande de porc de caillebotis — lisez ou relisez l’article Le porc, pourquoi pas de MONTAGNE? —, en effet, c’est une réussite incontestable. «Et le goût prend de la hauteur», paraît-il… [7] La DDPP de l’Hérault, elle, a relevé que, sur 6.000 à 6.500 porcs, seuls 3 ou 4 de plein air étaient abattus.

Enfin, troisième élément de la formule d’une réussite: l’humilité, soit la «vertu qui nous donne le sentiment de notre faiblesse et de notre insuffisance». [8] Merveilleux! merveilleux! car — prenons-nous au rêve! — si cette belle qualité — outre que grâce à elle, «quand on connaît sa faiblesse, on ne se fâche pas de ce que les autres la montrent» [9] —, pouvait guider l’humble porcher sur la voie de l’honnêteté publicitaire, gageons qu’il appellerait bientôt les myriades de porcs de caillebotis des Cailleboteux, ou qu’il donnerait aux porcs une vraie montagne où parcourir. Moins, mieux. Quelle voie! quel exemple! quelle réussite seraient-ce là!


Références

[1] Préfecture de l’Hérault, DDPP de l’Hérault, Rapport d’inspection n° 16-017339 de la protection animale en abattoir de boucherie le 27 avril 2016, mai 2016, pages 2, 3, 4 et 6.

[2] Actualité Porc Montagne, 20 ans et en forme, sur le site web du Conseil départemental de l’Aveyron, en date du 12 octobre 2015.

[3] Préfecture de l’Hérault, DDPP de l’Hérault, Rapport d’inspection n° 16-017339 de la protection animale en abattoir de boucherie, le 27 avril 2016, mai 2016, page 5.


[5] Préfecture de l’Hérault, DDPP de l’Hérault, Rapport d’inspection n° 16-017339 de la protection animale en abattoir de boucherie le 27 avril 2016, mai 2016, page 2.

[6] Idem, page 2.

[7] http://charte-origine-montagne.com/medias//adherents/pdf/pro/FICHE-PorcMontagne.pdf: pour celles et ceux qui ne connaissent la zone industrielle d’Arsac, dans la commune de Sainte-Radegonde, n’allez point imaginer que, page 2 de ce document, sous le plan, la photo représente le paysage de Sainte-Radegonde. Absolument pas!

[8] Le Nouveau Littré.

[9] Amiel, dans Léon Tolstoï, La Pensée de l’Humanité, traduction d’E. Halpérine-Kaminsky, 1912, page 145.

samedi 23 janvier 2016

La politique de la crise porcine

La “crise porcine” est un problème verbal. L’industrie porcine ne crise pas (sic). Elle surproduit; et ce, ordinairement. Cela ne marque pas une rupture avec son entreprise d’hier. Puissions-nous donner à écrire l’Histoire de la surproduction industrielle de matières animales à une truie de cage rescapée de l’abattoir, elle aurait une tonalité extrêmement misérable, en fait de “progrès” et de “conquête de marchés”. Une truie surproduit grâce à la génétique, et des truies qui surproduisent sont multipliées, tandis que le nombre d’ouvriers (qu’on appelle encore agriculteurs quoiqu’ils n’en soient pas dans les usines, y conditionnant, c’est-à-dire confinant, mutilant, médicamentant…), est réduit sans cesse grâce à l’automatisation et à la concentration de la surproduction. Le patron est satisfait: il a moins d’employés à rémunérer et plus de minerai porcin à vendre, à un prix plus concurrentiel que les usines moindres de ses concurrents. Jusqu’au jour où il perd, lorsque l’un ou l’autre de ses concurrents ont concentré davantage la surproduction d’autrui, exploité plus durement, détruit plus d’emplois d’ouvriers, et vendu moins cher du minerai porcin mieux “valorisé” par de trompeuses publicités. Tantôt l’un des patrons perd, tantôt l’autre. La plupart, ayant mis les pieds dans ce jeu d’argent, s’enfoncent dans la course au “moderne” gigantisme et ne cessent, ce faisant, de détruire des emplois, de gâcher des vies, de polluer l’environnement, tout en paraissant respecter à peu près la loi — qu’ils font largement. Cependant les contribuables sont contraints de financer des usines à gaz pour pérenniser un tel système et réduire un peu, en aval, la pollution et ses effets néfastes à la santé. Que les animaux aient une “vie” misérable dans les usines, que les ouvriers y soient usés, appauvris, ruinés, en soient privés d’emploi, tout ceci est non la crise, mais l’effet ordinaire de l’entreprise. Justement parce qu’il n’y a guère de patron qui crise vraiment (sic) et crée la rupture avec ce modèle débile, non pas de développement, mais de sous-développement. Des orateurs détournent l’attention: “C’est la faute de l’embargo russe!” Demain, n’en doutez pas, ce sera faute d’exportations destinées à la Lune!


jeudi 24 décembre 2015

Ce qui est juste et nécessaire - Conte



Robin des Pouorcs avait trépassé depuis fort longtemps. Porméo, lui, n’était pas mort, contrairement à ce qu’écrivit Shakesporc récemment, et Truiliette non plus; ils ne se voyaient plus, point c’est tout. Et Porméo, oscillant, à la lecture de la presse à gros tirages, entre des pleurs de rire et des pleurs de pitié, survivait tant bien que mal, face à un système de “vie” biocide qui n’en finissait pas de taper dans le mur.

Combien de fois n’avait-il, avec des évadés des Caillebotis-sur-Lisier, refait le monde chez Dédé, autour d’un bon pichet d’eau sans pesticides ni sulfites ni plastique, d’un goût unique! S’étaient-ils moqués du martèlement publicitaire qui trompait le peuple des cavernes quant à la façon d’obtenir les produits que celui-ci consommait!

La permaculture avait procuré à Porméo joie et abondance. Mais maintenant, les aléas climatiques, leur violence, étaient devenus tels que tout était plus difficile. Le premier ministre, se donnant l’air de différer franchement de tous ses prédécesseurs, s’obstinait pourtant à ne changer de cap, quand même il n’était plus possible de trouver de nouveaux débouchés aux productions industrielles en Chine, en Inde et en Afrique, tant le monde était repu, ou alors insolvable et le ventre désespérément creux…

La “nouvelle” solution voulue par la CMOA, le syndicat tout puissant des deux derniers éleveurs du pays, consistait à accroître les peuplements de la Lune et de Mars, et y exporter la surproduction à coups de subventions. Nombre d’économistes se relayaient dans les médias de masse afin de prouver que la croissance reviendrait: cette fois, les contribuables obligés sauveraient pour de bon les éleveurs de la patrie!

Hier, ceux-ci avaient déversé sur la chaussée des milliers de porcs qui étaient morts de chaud dans leurs usines “familiales” et “locales” sous “signes de qualité”. Cet acte de stupide colère faisait aujourd’hui la une de La Toile, journal réputé de “gauche” et “critique” du pouvoir. Porméo riait à gorge déployée devant tant de connerie; puis il avait honte, comme d’avoir ri qu’on se moquât du monde.

La presse spécialisée, telle Le MAG du BON ÉLEVEUR PORCIN, littéralement, l’écœurait. Il constatait que la vie des truies n’avait de cesse d’être plus diabolique et raccourcie au nom des sacro-saintes règles de la productivité et de la compétitivité, dont l’application polluait et endettait l’humanité sous le couvert du respect de la loi.

Depuis un mois, Porméo abritait une Caillebotesse évadée de cage. Il savait qu’il encourait, à cause de cela, une condamnation pour “délit de solidarité”. Qu’à cela ne tienne! Jésus n’avait-il prêché de s’aimer les uns les autres?! Rien n’était plus juste et nécessaire que cela!


Note de l’éditeur


Robin des Pouorcs, dont il est brièvement question au début de ce récit, était un hors-la-loi célèbre en son temps, qui s’ingéniait à sauver des Caillebotesses et Cailleboteux de l’enfer industriel. Un système de production intensif dont Robin représentait d’ignobles aspects, vus de l’intérieur pour l’essentiel, dans un conte théâtral, Les Douze Petits Cochons. Robin offrait en outre, à qui voulait, la parodie de La Montagne neuve de Monteyronnais, afin de démontrer l’absurdité du système, cette fois d’un point de vue essentiellement extérieur.

vendredi 15 mai 2015

L’étrange subvention à la surproduction porcine

La surproduction industrielle de porcs de caillebotis est aidée depuis des années. Récemment, la Commission européenne a encore décidé de faire participer les contribuables — dont l’avis n’est pas demandé — à l’énième financement du stockage privé de viande de porc de l’Union européenne, «afin d’alléger la pression sur le marché» [1]. Étrange, non? Le contribuable n’est pas responsable de la surproduction; il est même, ici ou là, fermement opposé à l’accroissement de la surproduction locale de milliers de porcs; pourtant, il lui est demandé de payer pour — peut-être — remonter quelque peu le prix de la viande surabondante!

«Therefore, for the time being, the EU Commission is very cautious and sceptical about the outcomes of an APS scheme now.»
La Commission européenne, le 28 octobre 2014.

Le 28 octobre 2014, un «groupe de dialogue» à propos des viandes porcines se réunit à Bruxelles. De l’argent est demandé pour faire face, dans un contexte d’embargo russe, à une situation de «crise», et un participant suggère de réguler le marché par la destruction d’une quantité de viandes. Le représentant de la Commission européenne répond en substance qu’il n’est pas acceptable que des porcs soient produits puis détruits, [2] et, pour ce qui est d’accorder de l’argent, il rappelle que depuis 1993, l’aide au stockage privé a été mise en œuvre huit fois, la dernière en 2011, selon des critères auxquels la crise actuelle ne correspond pas. La Commission paraît donc considérer que l’aide au stockage privé n’est pas une bonne solution pour sortir de la surproduction porcine. [3]

Cette aide au stockage privé a eu, par le passé, un coût relativement élevé à cause des quantités impliquées. Quelques exemples. Entre septembre 1998 et septembre 1999, les demandes d’aide au stockage ont concerné 55.000 tonnes pour la France, et 430.000 pour l’ensemble des États membres de l’Union européenne. [4] Plus tard, entre décembre 2002 et février 2003, les demandes ont concerné 13.000 tonnes pour la France, et 111.000 pour l’Union européenne; cependant les cours du porc ont continué à chuter en Europe; nonobstant, l’aide au stockage privé a été renouvelée entre décembre 2003 et février 2004, concernant cette fois 7.980 tonnes pour la France, et 90.000 pour l’Union européenne. [5] Quant au coût de l’aide au stockage privé, en 2011, de 140.000 tonnes, il a été de soixante-trois millions d’euros. [6]

En décembre 2014, il transparaît à nouveau que l’embargo russe n’est pas responsable à lui seul de la surproduction; qu’une surproduction structurelle, dans certains États membres de l’Union européenne, est, elle aussi, responsable de la situation d’exploitants porcins. [7]

Or, patatras! il apparaît le 24 février 2015 que la Commission a cédé aux surproducteurs: le stockage privé sera à nouveau aidé «afin d’alléger la pression sur le marché». La raison invoquée est la suivante: «l’effet conjugué de l’embargo russe et de l’augmentation de la production au sein de l’Union européenne» fait chuter les prix «sur tous les marchés européens». Soit, jusque-là, rien de bien nouveau dans le discours.

La nouveauté est ici: le représentant de la Commission estime désormais, tandis que «les agriculteurs» sont dits «confrontés à de graves problèmes de liquidités», que l’aide «au stockage privé est l’outil le plus efficace dont nous disposons pour remédier à la situation difficile du marché». [8] Fini, donc, le scepticisme face à l’option de l’aide au stockage privé. Le contribuable va participer à retirer une quantité considérable de viandes du marché, dans le but incertain de faire remonter le prix de la viande de porc; il est donc imposé pour acheter à un prix peut-être un peu moins bas sa viande — si tant est qu’il veuille en manger.

Pour autant, l’embargo russe reste une justification fumeuse de l’imposition du contribuable. Souvenons-nous, d’abord. Nombre de ventes sur le marché russe, avant l’embargo, avaient été liées à «l’octroi ou non de restitutions par la Commission européenne qui [faisait] souvent suite à la mise en place d’une opération de stockage privé quelques mois auparavant.» [9] FranceAgriMer expliquait en 2013 que ces aides au stockage privé avaient servi «jusqu’à une période récente» à congeler essentiellement des tonnes de demi-carcasses. «Une majeure partie de celles-ci, au moment de leur remise sur le marché, [était] expédiée vers la Russie à l’aide de restitutions.» [10] Quant à l’avenir, la «Russie espère devenir autosuffisante en viande de porc à l’horizon 2020.» [11]

«L’embargo russe a bon dos», résume le 12 mars 2015 la Confédération Paysanne, «car apparemment d’autres marchés export ont compensé». [12] En effet, les ministères du commerce extérieur et de l’agriculture, ainsi que Business France, FranceAgriMer et des fédérations professionnelles, ont prospecté, à l’intention de producteurs français, des marchés de remplacement du marché russe. [13]

Dès le 6 mars, la Commission elle-même a reconnu «que les opérateurs ont agi pour trouver d’autres marchés à la plupart des produits». Dès lors, ce qui est mis en exergue par la Commission pour expliquer «la longue pression sur les  marges» des producteurs, ce sont les investissements importants qu’ils ont déjà réalisés «afin de répondre aux nouvelles règles européennes de protection des animaux». [14] (Nouvelles, ces règles? vraiment?!…)

Quels sont, depuis le 9 mars 2015, les États d’où ont émané le plus de demandes d’aide au stockage privé? Ce sont le Danemark, l’Espagne, l’Allemagne, la Pologne, l’Italie, les Pays-Bas, puis la France, comme le figure le graphique ci-dessous. [15]


Il ne semble pas y avoir de limite maximale à l’aide des contribuables, alors qu’il y en a une minimale: un lot de stockage doit peser «au moins 10 tonnes pour la viande désossée et au moins 15 tonnes pour la viande avec os»; la «quantité minimale recommandée au titre d’une journée» d’opération de congélation étant fixée à 1,5 tonnes pour la viande désossée, et à 2 tonnes pour la viande avec os. [16] Autrement dit, l’aide, dont le montant varie entre 210 et 305€ par tonne selon la catégorie de produits et la durée du stockage, [17] paraît bénéficier aux plus grands surproducteurs porcins. Elle coûtera donc cette fois, selon les chiffres dont on dispose à l’heure où j’écris ces lignes, plus de dix-sept millions d’euros. [18]

Et ce quoique le 24 mars 2015, l’Eurogroup for Animals, CIWF, PROVIEH, le BEE et l’EPHA, aient écrit au commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan, pour lui demander la cessation de l’aide au stockage privé, jugeant inacceptable que l’impôt serve à cela. «Le secteur porcin sait qu’il prend un risque commercial quand il surproduit, aussi l’argent public ne doit-il pas être utilisé pour l’aider quand il rencontre des difficultés [19]

Mais l’aide est maintenue. Et pensez-vous que les surproducteurs porcins en soient satisfaits? Non, à en croire la réaction du COPA-COGECA [20], qui regrette que la graisse, notamment, ne soit pas concernée par l’aide au stockage et redemande une subvention, le 14 avril 2015, pour sa transformation en combustible. [21]

Or, bien qu’elle soit jugée insuffisante, l’aide du contribuable est d’autant plus regrettable que beaucoup de producteurs intensifs, depuis 12 ans, ne respectent pas la législation pour le bien-être animal. «Il semble qu’au moins 90% des porcs de l’Union européenne aient la queue coupée malgré l’interdiction de la section routinière des queues. Qu’au moins 80% des porcs de l’Union européenne n’aient pas accès à des matériaux d’enrichissement suffisants» dans leur case, tels que de la paille, du foin, &c. «Les enquêtes de CIWF et de nombreuses photographies faites, par nos partenaires, dans différents pays membres de l’Union européenne, suggèrent que ces chiffres, vraisemblablement, sont encore plus élevés.» [22]

Et dire qu’en 2010, le directeur de la législation agricole, à la Commission européenne, considérait que c’était «une obligation» de fournir aux porcs «un certain nombre de produits consommables ou renouvelables»! Cela faisait, assurait-il, «l’objet de contrôles par les services vétérinaires lors de leurs inspections»! Aussi justifiait-il que le «relèvement du plafond de l’aide relative aux installations porcines ne [pourrait] que contribuer à un meilleur respect de la réglementation»[23]

Ce n’est donc pas faute d’argent public consacré, en France, à la «mise aux normes» des exploitations hors-sol. Ainsi, le «plan de modernisation des bâtiments d’élevage» a concerné depuis 2008 les hors-sol et visé entre autres, nous avait-on dit, «à favoriser l’introduction […] de pratiques d’élevage plus respectueuses du bien-être et de l’hygiène des animaux ainsi que de l’environnement». [24] Une aideparmi d’autres déjà évoquées [25] — ayant pu être majorée en «zone de montagne» [26] (qu’on sait pouvoir n’être pas vraiment située à la montagne). Entre autres subventions, on remarquera également les vingt-cinq millions d’euros réservés, pour 2012, à la «mise aux normes» concernant les truies gestantes: la production porcine obtenait, paraissait-il, «plus de la moitié du budget des plans stratégiques multifilières». [27]

Alors, tandis que l’État n’a eu de cesse d’autoriser l’accroissement de mégaporcheries, rendant ainsi plus difficile l’adaptation de l’offre à “la demande” (si tant est que l’industriel réponde à une demande, et que le chaland ne soit conçu qu’afin d’absorber l’offre); tandis que de l’argent public a été sollicité pour promouvoir [28] du produit de mégaporcheries, vendu sous un enjoliveur d’homogénéité industrielle et de vague origine; une question se pose: à combien monterait la subvention à la surproduction porcine quand, grâce à un traité de libre-échange transatlantique, [29] il proviendrait d’Amérique du Nord à peu près autant de viande de porc que ce qui, actuellement, est stocké aux frais du contribuable?


RÉFÉRENCES

[1] Commission européenne, Commission launches Private Storage Aid for pigmeat to stimulate EU pig market recovery, en date du 24 février 2015.

[2] Communication personnelle d’Anne Vonesch, qui venait de participer à la réunion.

[3] Compte-rendu officiel, Minutes of the Civil Dialogue Group on Animal Products Sector “Pig Meat” le 28 octobre 2014 à Bruxelles. On peut notamment lire: «Therefore, for the time being, the EU Commission is very cautious and sceptical about the outcomes of an APS scheme now.»

[4] Ministère de l’agriculture et de la pêche, direction des affaires financières et de la logistique, SDAB/BECPA, La viande porcine, mise à jour en date de février 2006, page 6.

[5] Idem, page 7.

[6] Communication personnelle d’Anne Vonesch, quant à la réunion du «groupe de dialogue civil» réuni à Bruxelles le 14 avril 2015.

[7] The Pig Site, Overproduction Partly to Blame for EU Pig Market Problems, en date du 19 décembre 2014. On peut notamment lire: «The Commission noted that in addition to the Russian embargo, the overproduction in some member states is also responsible of this situation.»

[8] Cf. note 1.

[9] FranceAgriMer (établissement national des produits de l’agriculture et de la mer), «Le commerce international de la viande de porc – L’Asie, moteur de la croissance?», Les synthèses de FranceAgriMer, février 2003, n° 17, élevage/viandes, page 6.

[10] Ibidem.

[11] Idem, page 10.

[12] Lettre ouverte à l’attention de M. Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, de Laurent Leray, secrétaire national en charge du pôle élevage, et Pierre Brosseau, responsable de la commission nationale porc, en date du 12 mars 2015.

[13] Réponse écrite à la question écrite du député Guillaume Chevrollier à la ministre du commerce extérieur, «sur l’embargo russe portant sur la viande porcine», publiées en date du 18 mars 2015.

[14] Commission européenne, Commission opens private storage aid for pigmeat, en date du 6 mars 2015.

[15] Commission européenne, Private storage for pigmeat 2015, Requests for private storage aid, contrats conclus, données cumulées au 30 avril 2015, préliminaires, en date du 13 mai 2015.

[16] FranceAgriMer, Cahier des charges relatif au stockage privé de viande porcine – Campagne 2015, en date du 6 mars 2015, pages 3 et 7.

[17] Commission européenne, Règlement d’exécution (UE) 2015/360 de la commission du 5 mars 2015 ouvrant une mesure de stockage privé pour la viande de porc et fixant à l’avance le montant de l’aide, page 4.

[18] Cf. note 15.

[19] Lettre au commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan, de Philip Lymbery (CIWF), Jeremy Wates (BEE), Reineke Hameleers (Eurogroup for Animals), Nina Renshaw (EPHA), Sabine Ohm (PROVIEH), Opposition to financial support for pig sector, en date du 24 mars 2015, page 1.

[20] Comité des organisations professionnelles agricoles, et comité général de la coopération agricole, au sein de l’Union européenne.

[21] Communication personnelle d’Anne Vonesch, quant à la réunion du «groupe de dialogue civil» réuni à Bruxelles le 14 avril 2015.

[22] Cf. note 19, ibidem.

[23] Commission européenne, direction générale de l’agriculture et du développement rural, lettre du directeur de la législation agricole au secrétaire national de la fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement en charge des questions agricoles, en date du 11 novembre 2010.

[24] Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Le plan de modernisation des bâtiments d’élevage, présentation en date du 23 novembre 2009.

[25] Cf. la lettre d’information des familles associées de Causse durable, sous le sous-titre «Une filière porcine qui n’est pas moins aidée par les contribuables». Il nous a semblé que ces aides n’étaient pas ignorées de producteurs porcins.

[26] Ministère de l’agriculture et de la pêche, Le plan de modernisation des bâtiments d’élevage, présentation non datée, page 1: «Ces taux peuvent être majorés de 10% pour des projets portés par de jeunes agriculteurs et pour des projets en zone de montagne. Le montant plafond des investissements éligibles est fixé à 90.000€ en zone de plaine pour la construction neuve, montant porté à 100.000€ en zone de montagne. Pour les projets de rénovation, ces seuils sont fixés respectivement à 60.000€ et 70.000€.»

[27] Agri49, Urgent: dépôt des dossiers mises aux normes «truies gestantes», en date du 24 avril 2012.

[28] Voir par exemple l’Évaluation à mi-parcours du PDRH, page 88 (19 du format PDF): «Bilans spécifiques de la mesure 133 en provenance des régions»: «Aquitaine (31/08/2010): 22 projets de promotion ont été introduits, dont 17 concernent l’agriculture biologique (dont 3 vins bio), les autres concernent les IGP (Jambon de Bayonne et Foie gras du Sud Ouest) et AOC (Noix du Périgord et Piment d’Espelette) pour un montant engagé éligible d’environ 1,3M d’€ et de 446.500€ de FEADER.»

[29] À lire concernant ce traité, l’excellent article d’Hélène O’Donnell: Le TAFTA, les animaux et moi.


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mercredi 29 avril 2015

COMMUNIQUÉ | Production de porcs: une nouvelle désignation pour masquer le pire?

Le caillebotis intégral sur lisier, sur lequel sont casés la plupart des porcs, est en passe d’être considéré, officiellement, comme une “Meilleure Technique Disponible” pour la protection de l’environnement. Des autorités françaises et européennes confondent ainsi le meilleur et le pire pour pérenniser un business as usual!

Le Collectif PLEIN AIR, ainsi que plusieurs organisations non gouvernementales (CIWF, France Nature Environnement…), sonnent l’alerte! Voici un DOSSIER COMPLET, afin de comprendre les tenants et les aboutissants du problème:

Collectif PLEIN AIR ❯ LE CAILLEBOTIS DANS LE “BREF” (document de référence européen).

dimanche 11 mai 2014

La Montagne neuve de Monteyronnais - Conte


[…] il faudra faire des villes proportionnées à cette foule désœuvrée et déshéritée, qui n’aura plus rien à faire aux champs”.
EUGÈNE DELACROIX, Journal.
“La mort est depuis toujours dans l’ordre des choses; mais un peuple sans foi ne saurait se tenir debout.”
CONFUCIUS, Les Entretiens.
“Il n’est pas naturel que le but des Caillebotis soit la mort sans avoir vécu.”
COPAIN DU COCHON DE LA MERTAGNE, Paroles au coin du feu.

Les Douze Petits Cochons - Conte

Il avait fallu longtemps à Robin pour comprendre que le système de production intensive de minerai maltraitait à la chaîne des myriades d’animaux, tant de “belles” images publicitaires recouvraient de tristes réalités. Ce conte théâtral qu’il joua avec des Cailleboteux évadés, était le fruit édulcoré — pour ne choquer les plus jeunes spectateurs  de leur perception du système diabolique permis par le pédégé Truicatel, c’est-à-dire: par l’argent pris aux contribuables (obligés) et aux consommateurs (bernés). Le seul regret de Robin, avant sa mort, fut qu’on l’appelât “des Pouorcs”. Car il l’aurait voulu être des poules, des canards… de tous les animaux exploités contre leur nature. Il riait cependant. Il riait afin de ne pas pleurer. A-t-on jamais su combien la faible Médée, disant qu’elle voyait le bien, l’approuvait, et faisait nonobstant le mal par facilité, avait rendu si triste, au for de sa conscience, Robin des Pouorcs?

samedi 20 juillet 2013

Étiquetage de la viande: une information à côté de l’essentiel

Bonne nouvelle dans Le Monde: “mentionner systématiquement le mode d’élevage”, c’est ce que propose, entre autres, la sénatrice Sylvie Goy-Chavent “dans les conclusions qu’elle devait présenter, mercredi 17 juillet, au nom de la mission d’information dont elle était rapporteure”. Bref, “le Sénat incite l’Europe à mieux étiqueter la viande”.

Sauf que, dans le rapport d’information de Sylvie Goy-Chavent, on ne trouve nulle part, parmi ses 40 propositions, celle de “mentionner systématiquement le mode d’élevage”. Pas plus que dans la synthèse “destinée à faciliter la lecture et l’utilisation du rapport”.

Alors que la synthèse plaide pour “l’allègement des normes”, notamment par la mise en place d’une “procédure allégée d’enregistrement des élevages porcins jusqu’au seuil de 2.000 porcs” (proposition n° 17), les “nuisances de voisinage” sont évoquées au conditionnel: “l’élevage […] présenterait des nuisances de voisinage” (p. 5). L’ÉLEVAGE, c’est un sujet vague et noble. Cela évite de dire où, d’y aller sentir, et d’employer l’affirmatif si l’on est parvenu face à une activité d’engraissement intensif sur caillebotis, dont l’air des bâtiments n’est pas lavé avant son extraction, les fosses à lisier ne sont pas couvertes, et le lisier n’est pas épandu au plus près du sol. On nous vante les “services environnementaux considérables rendus par LES éleveurs”. DES éleveurs serait juste. Ou alors faut-il croire que l’engraissement sur caillebotis est de “l’entretien des paysages ruraux”… Pour mémoire, “90% des élevages” porcins, selon Sylvie Goy-Chavent, sont sur caillebotis, tandis qu’il est question du “bien-être” des porcs grâce à la SUPPRESSION DES CAILLEBOTIS dans un récent rapport de Marion Guillou à Stéphane Le Foll.

La dixième proposition rapportée par Sylvie Goy-Chavent, est d’“instaurer un étiquetage obligatoire de l’origine nationale pour les viandes brutes et transformées”. Mais qu’importe ce chauvinisme à l’époque où de mêmes gens plaident pour une politique européenne? il ne révélera pas les conditions d’engraissement! Ni l’indication obligatoire de “l’origine nationale de la viande servie sur les cartes des restaurants et en restauration collective scolaire” (proposition n° 26). Ni “le double étiquetage des prix” (proposition n° 28). Ni “le développement des signes de qualité et marques collectives à forte notoriété” (proposition n° 34). Ni l’aménagement de “l’étiquetage environnemental pour prendre en compte les bénéfices de l’élevage” (proposition n° 36). Car ce ne serait toujours pas “mentionner SYSTÉMATIQUEMENT le mode d'élevage”. Pourtant, serait-ce simpliste d’étiqueter “porc de caillebotis”, après qu’un porc a passé sa vie sur du caillebotis? Nenni, ce serait une simple vérité, plus vraie que toute autre indication d’origine.

Donc, telle est la question: comment des élus incitent-ils réellement l’Europe à un étiquetage obligatoire indiquant les conditions d’engraissement, quand le Sénat ne semble pas vraiment le lui proposer?




À lire à ce propos:


mardi 4 juin 2013

Pour un étiquetage de la viande et du lait qui indique les conditions d’engraissement des animaux


À la fin du vingtième et au début du vingt-et-unième siècle, sans tambour ni tremblement de terre, la “montagne” a considérablement poussé en Aveyron. [1] Tant et si bien que rebaptiser l’Aveyron Monteyron serait un aboutissement. Une “montagne” qui, lorsqu’elle serait, de manière tout à fait inconsidérée, prise en compte par un météorologue, l’amènerait à alerter de l’étonnante diminution des périodes d’enneigement, puis de l’augmentation phénoménale, aux alpages, des températures estivales…

Qu’est-ce que le mot montagne évoque au consommateur non averti? Et quel est l’esprit de la loi, sinon qu’une altitude minimale de 700 mètres, et des conditions climatiques difficiles qui raccourcissent la période de végétation; ou que plus des trois quarts du territoire classé, si pentus que la mécanisation y est impossible ou très onéreuse; ou que tout à la fois: l’altitude élevée, le climat difficile et la forte pente légitiment une aide financière beaucoup plus importante. [2]

Or comment fut-il envisagé “de capter davantage de valeur ajoutée sur la filière porcine”, en se démarquant et en s’identifiant “au territoire, grâce au “porc montagne notamment? [3] C’est-à-dire sur un banal caillebotis, au lieu du sol caussenard qui est, près la Sanguinette de Causse-et-Diège, à 375 mètres d’altitude environ, [4] sans même une pente ou un climat montagnards?

Comment Jacques Molières, président de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron, affirme-t-il que le “label porc montagne est “encore plus restrictif” qu’une production “bio”? [5] Un label tellement exigeant qu’il se passerait de montagne sur le Causse!?

On ne peut ne pas voir dans tous ces discours, pimentés de beaux mots tels qu’agro-écologie, une incroyable confusion — qui sert qui? certainement pas les mieux-faisants qualitativement.

À tel point qu’il devient indispensable, au consommateur et contribuable, de savoir les véritables conditions d’engraissement. Si les viandes sont, notamment (et pour nous en tenir au cas du porc), d’animaux qui furent engraissés:
  • en plein air, avec une alimentation “bio”,
  • en bâtiment ouvert, sur litière, avec une alimentation “bio”,
  • en plein air, avec une alimentation non “bio” dont l’ensemble est lisiblement exposé, de même que lorsqu’ils sont:
  • enfermés sur litière,
  • enfermés sur litière et caillebotis,
  • enfermés sur caillebotis.

Peut-être sommes-nous loin de connaître toutes les conditions d’engraissement, mais toujours est-il qu’un étiquetage qui les reflète, à la fois sur le produit vendu au détail, et sur le produit composé par l’industrie agro-alimentaire, serait d’intérêt général.

Car n’est-il illusoire QUE LE CONSOMMATEUR CONTRIBUE À L’AJOUT DE VALEUR au sein des filières de la viande et du lait, au “bien-être” animal et à la préservation de l’environnement, si, lorsqu’il achète, il n’est informé de la façon dont l’animal était engraissé?

En ce sens, l’étiquetage révélant le mode d’élevage, concernant les œufs de poules, n’a pas été vain: il a été observé que la consommation d’œufs, dits “alternatifs”, a connu “une très forte croissance, notamment les œufs issus de l’agriculture biologique”. [6] Ainsi, de meilleures pratiques d’élevage ont été préférées et favorisées. Pourquoi n’en serait-il de même en ce qui concerne les productions de viande et de lait?

Puisque “d’où” vient le produit a perdu son sens, il est plus que jamais nécessaire de connaître le “comment” du produit. Là sont les plus importantes différences pour l’éleveur, l’animal, la santé, le goût, et l’environnement.


[1] Cartographie du département de l’Aveyron, sur le site web de l’association nationale des élus de la montagne (ANEM).
[2] La “zone de montagne” selon la loi, sur le site web de l’observatoire des territoires montagne, de la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR).
[3] Préfecture de l’Aveyron, communiqué de presse quant au conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), du 1 mars 2013, p. 3.
[5] Le Villefranchois en date du jeudi 30 mai 2013, L’Hebdo des Cantons, dans l’article “GAEC du Cassan à Cassanus: Nutergia s’estime trompé”.
[6] Direction générale de l’institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), La consommation des ménages en 2009 - Analyse du compte définitif, novembre 2012, p. 9.



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