jeudi 11 avril 2013

La lettre d'information des familles associées - 1


Les Caussenards vont à la montagne lorsqu’ils descendent à Capdenac-Gare

Vous l’ignoriez peut-être, mais Capdenac-Gare, Villefranche-de-Rouergue, &c., sont des communes classées “montagne”. Sur le site web de l’association nationale des élus de montagne (ANEM), Naussac figure bizarrement à 961 mètres d’altitude…

Les porcs, enfermés dans les salles d’engraissement intensif de la Sanguinette, eux, ne sont pas des montagnards. Du moins pas encore. Car
Mayran, la commune à laquelle est rattaché le hameau du Cassan, où naissent les porcelets, est certes classée “montagne”, mais d’ici à ce que l’administration considère qu’on est un porc de montagne administrative, après qu’on est né sur une montagne administrative, puis descendu en camion à la Sanguinette et renfermé, il resterait à sauter le pas…


Une problématique pour la CLIS

La préfecture a annoncé, le 1er mars, la mise en place d’une commission locale d’information et de surveillance (CLIS), concernant les activités d’engraissement intensif de porcs sur caillebotis total à la Sanguinette, et d’épandage du lisier à l’entour. Cette CLIS aura, nous semble-t-il, deux problèmes urgents à résoudre: 1) le risque de pollution de l’eau par une infiltration et un transfert rapides du lisier, et 2) la puanteur que ressentent la plupart des riverains.

Le risque de pollution de l’eau

Lors de l’enquête publique, des anciens ont témoigné que des cours superficiels furent fortement pollués par de mauvaises pratiques de stockage et d’épandage, sur le Causse, du lisier produit à la Sanguinette: via des cours souterrains méconnus, la source de Sautilles, qui est aux Cabanes près Gelles; et la source de la Viguerie.

Il serait donc utile de connaître et d’écrire, afin de nous en souvenir, l’état actuel de l’eau, et (l’analyse de l’eau n’étant qu’une mesure ponctuelle, ainsi aléatoire), l’état de la faune et de la flore aux sources susceptibles d’être polluées (afin de révéler une tendance). D’établir ensuite une méthode de contrôle. La CLIS en aura-t-elle la compétence et le moyen financier?


La puanteur

Le logement des porcs sur litière (outre qu’il procurerait une amélioration sensible du “bien-être” des animaux), ainsi que le lavage de l’air avant qu’il soit extrait des bâtiments, soit deux techniques inutilisées à la Sanguinette, permettraient de réduire notablement les émissions d’ammoniac, les odeurs et les poussières venant des bâtiments d’engraissement. [1]

Par ailleurs, le préfet a considéré
“que l’exploitant doit mettre en œuvre […] les Meilleures Techniques Disponibles pour […] le stockage des effluents”. [2] Ces meilleures techniques (MTD) sont référencées et consistent notamment en une couverture du stock d’effluents. [3] Le Guide des bonnes pratiques environnementales d’élevage expose des possibilités. [4] Mais le GAEC du Cassan ne couvre pas plus qu’il n’a projeté de couvrir son stock de lisier (dans les grandes fosses 1 et 2, de 1.520.000 litres pour l’actuelle, et de 400.000 ou 350.000 litres pour celle projetée).

Passé le temps du stockage, la MTD au moment de l’épandage consiste au moins à utiliser, en herbage ou en culture, une tonne à lisier qui soit munie d’une rampe avec des tubes flexibles traînés, dits
pendillards. Or, l’utilisation de ce système est demeurée une éventualité, sans qu’il fût donné à comprendre pourquoi, au moins, l’utilisation du pendillard ne pourrait devenir un engagement, par respect des riverains. Une moindre volatilisation, une moindre puanteur, un meilleur dosage et une meilleure répartition: le pendillard aurait pourtant beaucoup d’avantages. [5]


Une filière porcine qui n’est pas moins aidée par les contribuables

Différentes subventions sont possibles, grâce au plan de modernisation des bâtiments d’élevage, au plan de performance énergétique des exploitations agricoles, à FranceAgriMer en ce qui concerne les investissements pour l’amélioration des pratiques d’élevage… Il apparaît que le taux d’aide est nettement plus important en zone de “montagne”.

Concernant l’échéance, au 1er janvier 2013, du
“changement du mode de détention des truies gestantes”, un “dispositif d’accompagnement financier a été mis en place par l’État à partir de 2008, avec une enveloppe de 60 M€. L’aide est de 20 % des investissements éligibles avec des plafonds majorés en zone de montagne et pour les jeunes agriculteurs. Revalorisée en 2010, cette aide a vu ses plafonds relevés de 100 € à 200 € par place de truie gestante et de 15.000 € à 50.000 € par élevage”. [6]

En outre, Porc Montagne, au sein de l’Alliance Porci d’Oc à laquelle coopère le GAEC du Cassan, a bénéficié
“d’une aide de 100.000 € du Conseil général pour l’agrandissement de son atelier de découpe”. [7]

Nous ne prétendons pas que cette liste soit exhaustive.



[1] Institut de l’élevage, IFIP, ITAVI, Guide des bonnes pratiques environnementales d’élevage - Porcs - Bovins - Volailles, p. 145 et suivantes.
[2] Arrêté n° 2013-073-0007 du 14 mars 2013, p. 3, avant-dernière considération.
[3] Commission européenne et ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, traduction française du Document de référence sur les meilleures techniques disponibles - Élevage intensif de volailles et de porcins, juillet 2003, p. 21 de la pagination du format PDF.
[4] Institut de l’élevage, IFIP, ITAVI, Guide des bonnes pratiques environnementales d’élevage - Porcs - Bovins - Volailles, stockage des effluents liquides, p. 237 et suivantes; couverture, p. 241 et suivantes.
[5] Commission européenne et ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, traduction française du Document de référence sur les meilleures techniques disponibles - Élevage intensif de volailles et de porcins, juillet 2003, p. 25 de la pagination du format PDF, tableau 3: MTD en ce qui concerne le matériel d’épandage au sol pour le lisier de porc. Et la fiche Choisir son matériel d’épandage d’engrais organiques, diffusée par la Chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais.
[6] Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, Jean-Baptiste Danel, Pierre Fouillade, Muriel Guillet, Jean-Marie Travers, rapport Quel avenir pour la filière porcine française?, janvier 2012, p. 15, § 1.
[7] L’Aveyron - Magazine du Conseil général, n° 142, octobre 2009, “Porc Montagne investit dans la découpe”, p. 9.

jeudi 21 mars 2013

À propos du “bien-être” animal et de nos choix de consommation


Les porcs à l’engraissement, dans une exploitation “bio”, par rapport à une exploitation non “bio”, ont de meilleures conditions de logement: ils doivent avoir une aire d’exercice qui leur permette de fouir et de satisfaire leurs besoins naturels, et si cette aire est dans un bâtiment, celui-ci doit disposer de trois côtés ouverts [1].

Dans une exploitation non “bio”, une norme minimale relative à la production des porcs voudrait qu’ils aient
“un accès permanent à une quantité suffisante de matériaux permettant des activités de recherche et de manipulation suffisantes, tels que la paille, le foin, le bois, la sciure de bois, le compost de champignons, la tourbe ou un mélange de ces matériaux qui ne compromette pas la santé des animaux” [2].

Néanmoins, des milliers de porcs engraissés sur du caillebotis, chaque année, par chez nous, n’ont ni paille ni matériau similaire qui leur permette des activités de recherche. Ils ont seulement des chaînes, des objets en plastiques durs, à manipuler, quoique l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) juge que ces objets ne suffisent aux besoins de manipulation des porcs, et ne préviennent pas efficacement la caudophagie (les morsures de queue) [3].


Quand je m’opposais au projet d’accroissement de la porcherie de la Sanguinette, à Causse-et-Diège, j’entendis plusieurs fois des soutiens du projet agiter l’épouvantail d’exploitations en d’autres pays que la France, si jamais il résultait de l’opposition l’impossibilité de produire, chez nous, davantage de porcs sur du caillebotis intégral… Pourtant, beaucoup n’est pas mal à prendre venant de l’étranger. À en croire
Les Echos, “cela fait près de quinze ans”, par exemple, “que la Grande-Bretagne a adopté une législation sur les truies bien plus contraignante encore que celle que l’Europe vient péniblement d’appliquer”. Et un fonctionnaire européen de constater qu’un “groupe comme Tesco, très présent en Pologne, pèse également d’un énorme poids pour que ce pays accélère sa mise aux normes” [4].

Au final, n’est-ce pas aux consommateurs qu’appartient le pouvoir de pérenniser ou non les activités d’engraissement intensif de milliers de porcs sur du caillebotis intégral — et son corollaire: l’épandage de millions de litres de lisier? De manger peut-être moins de viande, mais mieux?


Or, entre tant d’étiquettes auxquelles on ne se fie plus, comment connaître véritablement la nature de ce que nous achetons?
CIWF France nous recommande de choisir parmi les produits portant les labels “Porcs biologiques, “Porcs fermiers élevés en liberté Label Rouge”, “Porcs fermiers élevés en plein air Label Rouge”, ou portant la mention “porc sur paille [5].

Afin de trouver les producteurs “bio” les plus proches de chez nous, l’association pour la promotion de l’agriculture biologique en Aveyron, l’
apaba, proposera bientôt un annuaire bio en ligne [6].




[1] “Créer un atelier de porc bio en Agriculture Biologique”:
http://www.aveyron-bio.fr/fr/produisez-bio/documents/Fiche-porc-GAB-65.pdf
[2] Arrêté du 16 janvier 2003 établissant les normes minimales relatives à la protection des porcs, article annexe, chapitre premier, § 4:
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000005633899

jeudi 7 mars 2013

Entre exigence de connaissance, et méconnaissance du Causse

• Où l’on parle de la nécessité d’une bonne connaissance du Causse

“La protection des eaux souterraines en milieu karstique”, écrivait autrefois l’hydrogéologue de l’actuel projet d’accroissement de la porcherie de la Sanguinette, “passe par deux exigences fondamentales:
– une bonne connaissance, non seulement de la topographie et de la dynamique des réseaux souterrains, mais aussi des capacités épuratrices de l’encaissant;
– l’adoption systématique sur les causses de schémas d’aménagements, fondés sur la réalisation de cartes de risques” [1].

• Où l’on remarque manquer de cette connaissance

Gérard Colonges, président du syndicat mixte de la Diège, signala, au commissaire-enquêteur Louis Bertrand, que des inquiétudes demeuraient sur la zone que l’hydrogéologue Jacques Rey qualifiait de Causse de Villeneuve, parlant “de sols peu profonds et drainant avec une forte perméabilité.” Pour conforter cette considération, l’hydrogéologue expliquait: “la circulation dans le sous-sol ne permet pas une bonne épuration bactériologique et chimique des eaux, notamment lors des vidanges de karsts à la suite de forts épisodes pluvieux” [2]. “Malgré cette mise en garde”, poursuivait Gérard Colonges, l’hydrogéologue “conclut sur des hypothèses que de nombreuses surfaces épandables alimentent les sources de Fréjéroque, la Viguerie, la Jardinie, le ruisseau de Cerles, sans connaître le temps de transfert ni le cheminement du drainage de ces parcelles. Il en est de même pour les zones de stockage des effluents en cas de fuites, aucune donnée récente ne permet d’anticiper une pollution sur une des sources du territoire impacté” [3].


[1] Article de Jacques Rey, “Pollution et protection des eaux en milieu karstique dans la région Midi-Pyrénées”, dans Recherches sur les karsts du Quercy et du sud-ouest de la France, une publication de la commission scientifique midi-pyrénéenne de la fédération française de spéléologie, 1986, p. 16.
[2] Jacques Rey, Rapport d’expertise hydrogéologique, mars 2011, p. 47.
[3] Compte-rendu du comité du syndicat de la Diège du 20 octobre 2012, p. 6.


lundi 4 mars 2013

La proposition de Nutergia et la médiation du sous-préfet Éric Suzanne

• La proposition du laboratoire Nutergia

Nutergia a communiqué être prêt à soutenir le GAEC du Cassan afin de permettre la coexistence, à Causse-et-Diège, des projets du laboratoire Nutergia et du GAEC du Cassan.

C’est ainsi que “Nutergia s’engage à co-financer” l’extension de la porcherie de la Sanguinette “en production bio ou raisonnée”, en somme d’accompagner la famille Ferrand dans une activité plus respectueuse de l’environnement.

“En terme de débouchés”, communique Nutergia, le laboratoire “s’engage à acheter une partie de la production pour valoriser ce produit aveyronnais partout en Europe auprès de nos clients, consommateurs de produits biologiques, de par leur profession et leur engagement en faveur de la santé.

De même, Nutergia demande que soit proposé ce porc bio dans toutes les écoles de l’Aveyron pour le bien-être et la santé de nos enfants. Nous communiquerons auprès de nos clients pour valoriser notre démarche.”

• Une production de fumier résoudrait le risque de pollution par le lisier

Si la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) a agi en sorte de préserver le réseau karstique versant du côté du Lot par le biais des grottes préhistoriques de Foissac, cependant, un versant du côté de la Diège recevra toujours du lisier, si le GAEC du Cassan continue d’engraisser sur du caillebotis intégral.

Ce n’est pas faute que le syndicat mixte de la Diège ait averti que les “les systèmes souterrains [...] sont méconnus des différents organismes scientifiques”, que “nous n’avons aucune information sur les temps de transfert” du sol au cours d’eau, “ce qui ne nous permet pas de connaître la capacité d’absorption des sols et donc des plantes. Aussi, en cas de transfert rapide [...], les concentrations en éléments chimiques peuvent s’avérer catastrophiques pour les milieux aquatiques déjà sensibles à l’eutrophisation.”

L’alimentation en lactosérum, vantée comme réduisant la consommation d’eau des porcs, mais générant une production supplémentaire (+ 27% actuellement, soit 500.000 litres) de lisier, augmente la pression sur le sol et, par conséquent, le risque de pollution ponctuelle. Sur le Causse de Villeneuve notamment, autrement dit sur le karst, ce n’est pas l’épandage à proximité d’un cours d’eau superficiel qui crée un risque majeur de pollution, mais l’épandage sur les cours souterrains, mal connus, dans le respect de normes qui sont valables sur des terrains homogènes, non sur du karst. Tandis que le “caractère aléatoire” des analyses d’eau, ne constitue pas une garantie.

Si la fosse des porchers fuit ou cède (comme c’est arrivé en février à Rabjac), comment pourront-ils anticiper la pollution, faute de connaissance du cours souterrain de l’eau? Un écoulement accidentel de lisier serait d’autant plus dommageable sur le sol calcaire…

• Un dialogue nécessaire

Grâce au talent du sous-préfet Éric Suzanne, un dialogue digne de ce nom, entre des opposants au projet du GAEC du Cassan et Gilles Ferrand, a pu avoir lieu à Villefranche-de-Rouergue, le soir du mercredi 27 février, en présence du maire de Causse-et-Diège, Serge Masbou, et du conseiller général du canton de Capdenac-Gare, Bertrand Cavalerie. Nous espérons que ce dialogue continuera en sorte d’aboutir, avec l’aide du laboratoire Nutergia, à un accord qui convienne à chacun, dans l’intérêt de Causse-et-Diège et de l’Aveyron.

samedi 2 mars 2013

Communiqué du collectif d’opposants au projet d’accroissement de la porcherie de la Sanguinette

Le collectif regrette vivement que le CODERST ait insuffisamment tenu compte de ses observations, en rendant un avis favorable au projet d’accroissement, modifié récemment, de l’activité d’engraissement intensif de porcs sur caillebotis, à la Sanguinette.

Le collectif remarque que la modification, après le 7 février, du projet d’accroissement, n’est absolument pas une concession faite aux riverains. C’est une obligation d’enlever des parcelles du plan d’épandage, à la demande de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC), afin de préserver les grottes préhistoriques de Foissac. En conséquence de cette réduction de la surface d’épandage, le nombre de porcs que le GAEC du Cassan projetait de produire en sus a dû être réduit.

Aussi le collectif espère désormais que le GAEC du Cassan acceptera la proposition d’Antoine Lagarde, d’une production “bio”, parce qu’une telle évolution résoudrait les nuisances et les inquiétudes occasionnées aux riverains. À terme, la porcherie produirait du fumier à la place du lisier, ce qui réduirait notablement la puanteur, tout en supprimant la nécessité d’épandre le lisier sur le Causse, et donc le risque d’infiltration rapide et de pollution des cours souterrains versant du côté de la Diège.

Causse-et-Diège et l’Aveyron n’auraient-ils beaucoup à gagner à une solution agro-écologique?