• Où l’on parle de la nécessité d’une bonne connaissance du Causse
“La protection des eaux souterraines en milieu karstique”, écrivait autrefois l’hydrogéologue de l’actuel projet d’accroissement de la porcherie de la Sanguinette, “passe par deux exigences fondamentales:
– une bonne connaissance, non seulement de la topographie et de la dynamique des réseaux souterrains, mais aussi des capacités épuratrices de l’encaissant;
– l’adoption systématique sur les causses de schémas d’aménagements, fondés sur la réalisation de cartes de risques” [1].
• Où l’on remarque manquer de cette connaissance
Gérard Colonges, président du syndicat mixte de la Diège, signala, au commissaire-enquêteur Louis Bertrand, que des inquiétudes demeuraient sur la zone que l’hydrogéologue Jacques Rey qualifiait de Causse de Villeneuve, parlant “de sols peu profonds et drainant avec une forte perméabilité.” Pour conforter cette considération, l’hydrogéologue expliquait: “la circulation dans le sous-sol ne permet pas une bonne épuration bactériologique et chimique des eaux, notamment lors des vidanges de karsts à la suite de forts épisodes pluvieux” [2]. “Malgré cette mise en garde”, poursuivait Gérard Colonges, l’hydrogéologue “conclut sur des hypothèses que de nombreuses surfaces épandables alimentent les sources de Fréjéroque, la Viguerie, la Jardinie, le ruisseau de Cerles, sans connaître le temps de transfert ni le cheminement du drainage de ces parcelles. Il en est de même pour les zones de stockage des effluents en cas de fuites, aucune donnée récente ne permet d’anticiper une pollution sur une des sources du territoire impacté” [3].
[1] Article de Jacques Rey, “Pollution et protection des eaux en milieu karstique dans la région Midi-Pyrénées”, dans Recherches sur les karsts du Quercy et du sud-ouest de la France, une publication de la commission scientifique midi-pyrénéenne de la fédération française de spéléologie, 1986, p. 16.
[2] Jacques Rey, Rapport d’expertise hydrogéologique, mars 2011, p. 47.
[3] Compte-rendu du comité du syndicat de la Diège du 20 octobre 2012, p. 6.
• La proposition du laboratoire Nutergia
Nutergia a communiqué être prêt à soutenir le GAEC du Cassan afin de permettre la coexistence, à Causse-et-Diège, des projets du laboratoire Nutergia et du GAEC du Cassan.
C’est ainsi que “Nutergia s’engage à co-financer” l’extension de la porcherie de la Sanguinette “en production bio ou raisonnée”, en somme d’accompagner la famille Ferrand dans une activité plus respectueuse de l’environnement.
“En terme de débouchés”, communique Nutergia, le laboratoire “s’engage à acheter une partie de la production pour valoriser ce produit aveyronnais partout en Europe auprès de nos clients, consommateurs de produits biologiques, de par leur profession et leur engagement en faveur de la santé.
De même, Nutergia demande que soit proposé ce porc bio dans toutes les écoles de l’Aveyron pour le bien-être et la santé de nos enfants. Nous communiquerons auprès de nos clients pour valoriser notre démarche.”
• Une production de fumier résoudrait le risque de pollution par le lisier
Si la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) a agi en sorte de préserver le réseau karstique versant du côté du Lot par le biais des grottes préhistoriques de Foissac, cependant, un versant du côté de la Diège recevra toujours du lisier, si le GAEC du Cassan continue d’engraisser sur du caillebotis intégral.
Ce n’est pas faute que le syndicat mixte de la Diège ait averti que les “les systèmes souterrains [...] sont méconnus des différents organismes scientifiques”, que “nous n’avons aucune information sur les temps de transfert” du sol au cours d’eau, “ce qui ne nous permet pas de connaître la capacité d’absorption des sols et donc des plantes. Aussi, en cas de transfert rapide [...], les concentrations en éléments chimiques peuvent s’avérer catastrophiques pour les milieux aquatiques déjà sensibles à l’eutrophisation.”
L’alimentation en lactosérum, vantée comme réduisant la consommation d’eau des porcs, mais générant une production supplémentaire (+ 27% actuellement, soit 500.000 litres) de lisier, augmente la pression sur le sol et, par conséquent, le risque de pollution ponctuelle. Sur le Causse de Villeneuve notamment, autrement dit sur le karst, ce n’est pas l’épandage à proximité d’un cours d’eau superficiel qui crée un risque majeur de pollution, mais l’épandage sur les cours souterrains, mal connus, dans le respect de normes qui sont valables sur des terrains homogènes, non sur du karst. Tandis que le “caractère aléatoire” des analyses d’eau, ne constitue pas une garantie.
Si la fosse des porchers fuit ou cède (comme c’est arrivé en février à Rabjac), comment pourront-ils anticiper la pollution, faute de connaissance du cours souterrain de l’eau? Un écoulement accidentel de lisier serait d’autant plus dommageable sur le sol calcaire…
• Un dialogue nécessaire
Grâce au talent du sous-préfet Éric Suzanne, un dialogue digne de ce nom, entre des opposants au projet du GAEC du Cassan et Gilles Ferrand, a pu avoir lieu à Villefranche-de-Rouergue, le soir du mercredi 27 février, en présence du maire de Causse-et-Diège, Serge Masbou, et du conseiller général du canton de Capdenac-Gare, Bertrand Cavalerie. Nous espérons que ce dialogue continuera en sorte d’aboutir, avec l’aide du laboratoire Nutergia, à un accord qui convienne à chacun, dans l’intérêt de Causse-et-Diège et de l’Aveyron.
Le collectif regrette vivement que le CODERST ait insuffisamment tenu compte de ses observations, en rendant un avis favorable au projet d’accroissement, modifié récemment, de l’activité d’engraissement intensif de porcs sur caillebotis, à la Sanguinette.
Le collectif remarque que la modification, après le 7 février, du projet d’accroissement, n’est absolument pas une concession faite aux riverains. C’est une obligation d’enlever des parcelles du plan d’épandage, à la demande de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC), afin de préserver les grottes préhistoriques de Foissac. En conséquence de cette réduction de la surface d’épandage, le nombre de porcs que le GAEC du Cassan projetait de produire en sus a dû être réduit.
Aussi le collectif espère désormais que le GAEC du Cassan acceptera la proposition d’Antoine Lagarde, d’une production “bio”, parce qu’une telle évolution résoudrait les nuisances et les inquiétudes occasionnées aux riverains. À terme, la porcherie produirait du fumier à la place du lisier, ce qui réduirait notablement la puanteur, tout en supprimant la nécessité d’épandre le lisier sur le Causse, et donc le risque d’infiltration rapide et de pollution des cours souterrains versant du côté de la Diège.
Causse-et-Diège et l’Aveyron n’auraient-ils beaucoup à gagner à une solution agro-écologique?
L’après-midi du jeudi 7 février 2013, il était prévu que le conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), avise quant au projet d’accroissement de la porcherie. Ç’a été ajourné.
Après le 7 février, le projet d’accroissement a été modifié comme suit:
- réduction de la surface d’épandage à 187,02 hectares (322,40 étaient proposés initialement);
- réduction du nombre de places à 1996 au lieu de 2996, et donc du nombre de porcs produits annuellement à 5477 environ, au lieu de 8000.
Le 1er mars, le CODERST a avisé favorablement au projet d’accroissement, par 4 voix contre, 2 abstentions, et 11 voix pour.
Un avenant au dossier de demande d’autorisation, pour l’activité d’engraissement intensif de porcs sur caillebotis du GAEC du Cassan, à la Sanguinette, a été communiqué au collectif le lundi 25 février 2013.
Mais enlever des parcelles du plan d’épandage uniquement par rapport aux grottes préhistoriques, cela ne change rien à l’ignorance des temps et des taux de transfert, au risque de pollution de l’autre versant souterrain du Causse, du côté de la Diège. Ce qu’en disait à ce propos le rapport du syndicat mixte de la Diège est complètement occulté. Ainsi que le fait que l’hydrogéologue (en particulier page 10 de son rapport) a seulement considéré les débits à l’étiage, ce qui est absolument aberrant puisque l’épandage est interdit en été.
Réduire le nombre de porcs en projet ne change rien au fait que la grande fosse à lisier actuelle n’est pas couverte, qu’il n’est pas prévu de couvrir l’autre fosse en projet, ni de laver l’air extrait des bâtiments, ni de racler sous les caillebotis, ni de les pailler, bref, cela ne change rien au fait que la porcherie est et deviendrait une plus vaste cochonnerie pour les habitants. Car l’avenant ne change rien, non plus, à la possibilité d’épandage sans tonne à lisier avec pendillard.
Ainsi, sous le couvert du respect de la loi et du patrimoine préhistorique, on se moque des habitants, des avis des conseils municipaux de Villeneuve-d’Aveyron, de Salles-Courbatiès et de Causse-et-Diège. Des gens qui habitent ailleurs veulent nous imposer le risque de pollution de notre eau, ainsi que davantage de puanteur. C’est INADMISSIBLE!
Nous ne confondons pas agriculture, et activité d’engraissement intensif sur caillebotis. Nous sommes scandalisés par la menace que la FDSEA a proférée, de “durcir le mouvement” en cas d’avis défavorable du CODERST à l’accroissement de la porcherie (selon le Centre Presse du vendredi 22 février 2013).
Nous attendons de l’État qu’il préserve sans plus tarder notre environnement, et par là-même le projet du laboratoire Nutergia à Causse-et-Diège, une entreprise forte et d’avenir, porteuse de nombreux emplois.